[ Général
]
17 Juin, 2009 13:01
back home?
plus de trois semaines déjà que je suis rentrée.
pour la fac on a des montagnes de travaux. je travaille, un peu. je lis les articles recommandés dans les biblios qu'on nous envoie en pagaille. la plupart de ces idées me semblent, soit évidentes, soit inutiles. les gens autour de moi m'étonnent.
retour à la fourmillière.
je repense à ces prêcheurs qui appellent au renouveau spirituel, je me dis qu'en fait ils ont raison.
on dirait qu'ici tout le monde a oublié d'où l'on vient.
et où on va.
et tout le monde s'agite dans tous les sens.
en vain.
Je ne sais pas comment inituler celui là
Il fait chaud. C’est peut être le premier jour de cette chaleur là.
J’ai pas envie de quitter la pén-ombre de la maison.
Il fait trop chaud pour bouger.
Matin immobile.
Jaffar
travaille la guitare, Aken dort, on l’entend ronfler. Radical, le
chien, halète depuis la terrasse. Y a pas un souffle de vent et on
n’entend pas de bruit de dehors.
Lundi soir on mangeait des
brochettes quand l’avion Air France qui ramenait G. a volé au dessus de
nous, il repartait « de l’autre côté » après plus de deux ans passés au
Faso.
On lui a fait coucou chais pas s’il nous a vus.
Je pensais à l’arrachement. L’arrachement au sol de l’avion qui décolle.
Avant de partir, il m’a laissé sa clef. La soirée à Gounghin avait été bien bonne, et il fallait un autre coloc.
Mardi
j’ai rencontré Adélaïde, une charismatique convaincue, qui m’a dit de
regarder les signes avant de prendre une décision, avant de déménager.
Jeudi matin y avait plus de gaz et plus d’eau à la maison des stagiaires.
Jeudi
soir chez jaffar, grandes discussions sur la domination (2 mecs- une
fille, 2 black, une blanche...) et j'apprends plein de trucs sur
l'alternative d'ici, et j'aime bien leurs textes, et y a des feuilles
et des crayons partout.
Et Jaffar me sort "Mais, tu attends que dieu en personne descende te dire "oui, vas y, déménage"?"
Quand je suis arrivée finalement, samedi matin, y avait personne.
Je me suis installée tranquillement; j'ai fais le ménage en écoutant de la musique.
Il faisait très chaud, mes fringues étaient trempées, et j'ai repensé à un truc que j'ai lu une fois, qui disait que.
Les
hommes sont tous issus d'un même groupe humain, qui est partit
d'Afrique, s'est multiplié, et s'est adapté à ses nouveaux milieux. Il
y a une chose qu'il n'a pas adapté, c'est la résistance au froid; on
est obligé de se chauffer et de se vêtir pour retrouver un semblant de
climat tropical.
Et donc, dans ma sueur je me disais que le gars là n'a pas tort ; on se sent dans cette chaleur comme dans un ventre.
Après
le voisin est passé m'offrir un thé, on a parlé de ça justement, et de
l'espoir qu'il pleuve; ici on dit à Pâques il pleut toujours.
Eh bien, il a plu!
Ce jour là j’ai lu Le Prophète en entier, et je le recommande à tout le monde.
Gounghin
c’est loin du centre ville, loin des grands bâtiments de l’ONU et de
toutes les administrations, loin des grandes artères goudronnées et de
la foule qui grouille.
On est sur la terre, tout autour c'est
des chemins de terre, pas de goudron à l’horizon. Pas de voiture. Des
gens qui sortent devant la cour le soir pour prendre le thé et jouer au
scrabble, et tu peux toujours venir partager une partie.
Effectivement,
ici on est jamais seul. Il y a tous ces gens qui prennent et
t’apprennent à prendre beaucoup de plaisir au bonjour, au salut, à la
discussion, au temps passé « à se frotter ».
Le temps n’a pas la même substance, il est dense et fluide à la fois.
Ici,
j’aime le portail peint en bleu qui vire au gris, qu’on ne peut plus
fermer parce qu’une nuit d’orage il est sortit de ses gonds.
J’aime
la petite cour en demi-cercle et son arbre au milieu, et le robinet
auquel on remplit le canari d’eau, amphore de terre qui la garde bien
fraiche tout au long de la journée.
J’aime l’établi sous la terrasse et tout son bric et brac.
J’aime les portes-moustiquaires en bois peint vert et bleu passé.
J’aime la petite cuisine toujours plongée dans l’obscurité.
J’aime tout ici.
Jaffar, Daouda, Willi, & Co écrivent beaucoup de textes de colère.
Ils
parlent de corruption, de clanisme, des gens, à côté, juste là, qui
meurent de faim, du palu, de la tuberculose, de la méningite, du sida,
du choléra ; trop de fléaux.
Les grands maîtres du monde
mesurent la vie à coups de PIB, d’espérance de vie, de taux de
mortalité/par classe d’âge et ici, à ces jeux là, à tous les coups on
perd.
L’Afrique, la loose.
Et y en a encore plein pour venir leur expliquer que c’est leur faute.
Colère
de se savoir aux yeux du monde « les damnés de la terre », idée
largement véhiculée les médias, par cette pensée partagée globalement
que « bien vivre » c’est vivre comme « en occident », idéal impossible
à atteindre, puisque pour se gaver come on se gave, on les pille, eux.
Ils
parlent beaucoup de Sankara, qui après avoir pris le pouvoir par un
coup d’état (mais ici apparemment ça se passe toujours comme ça) en
1984, avait initié une « révolution », il voulait un Faso autonome,
créateur, producteur de ce que les gens consomment, et dénonçait les
liens de domination toujours entretenus par la France en Afrique, en
françafrique.
Les transformations qu’il avait amorcées dans la
culture du coton sont assez représentatives de sa politique : il avait
quasiment arrêté de l’exporter, pour le conserver au Faso où il avait
encouragé la création d’industries textiles qui produisaient des pagnes
avec le coton local ; du tissu de très bonne qualité qui servait à
faire tous les uniformes, des scolaires aux militaires, et qui était
vendu aux particuliers.
Tout en encourageant l’autosuffisance
alimentaire et la rupture des liens de dépendance à la France, il
permettait l’émergence d’une nouvelle conscience identitaire, d’une «
fierté d’être burkinabè », en quelque sorte, pour sortir du « complexe
d’être noir ».
Il a été assassiné en 1987 par Blaise
Compaoré, président chéri des présidents français (Mittérand à
l’époque), qui est toujours président actuellement, élu et réélu à 95%
des suffrages par un peuple qui de toute évidence ne va pas voter, qui
parfois laisse percer son amertume, parfois seulement, dans l’intimité.
Officiellement tout va bien, et Sankara n’a jamais existé ; il est
interdit de parler de lui.
D’ailleurs, la prochaine fois que
vous voyez au JT l’anniversaire de tel ou tel président du coin, qui
défile dans une foule en liesse, sachez que chacun dans la foule est
payé pour porter le T-shirt « Vive bidule».
Pour terminer sur
l’histoire du coton, depuis il est retourné à l’export, pour vêtir les
populations on importe des fripes de l’étranger. La dévaluation du CFA
en 1994 a plongé toute la région francophone dans une grande pauvreté
économique. Ces dernières années les cours du coton sont en chute
libre, et les paysans sont de plus en plus vulnérables, surtout depuis
qu’on leur a fait cultiver des plants OGM qui nécessitent quantité de
produits chimiques très onéreux et dévastateurs pour les sols.
Vous avez lu Les raisins de la colère, de Steinbeck ?
Le psaume des rastas
À dire tous les matins:
"l'Éternel est mon berger
je ne manquerai de rien.
Il me fait resposer dans de verts paturages
Il me dirige près des eaux paisibles.
Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice,
À cause de son Nom.
Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort
je ne crains aucun mal car tu es avec moi.
Ta houlette et ton bâton me rassurent.
Tu dresses devant moi une table, En face de mes adversaires.
Tu oins d'huile ma tête
Et ma coupe déborde.
Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront
Tous les jours de ma vie
Et j'habiterai dans la maison de l'Eternel
Jusqu'à la fin de mes jours."
Psaume 23.
On
m'a offert un nouveau testament, un petit format avec une couverture
blanche et des lettres d'or. une vraie bible de jeune fille.
Bribes
"Pourquoi fait il si frais sous le manguier?
- Ben, parce qu'il a plein de feuilles, tiens!"
C’est
la saison des mangues. Rester à l’ombre fraiche du manguier c’est
courir le risque de se prendre un fruit mûr sur la tronche.
J’ai l’impression qu’ici tout est comme ça, hautement philosophique. On n’a jamais le beurre et l’argent du beurre.
--------
«
Mais bien sûr Pauline, c’est vrai ! Tu as complètement raison ! Les
blancs nous regardent, nous jugent, nous décrivent, nous disent comment
on devrait vivre et comment on devrait penser ; ils nous tiennent dans
leur main comme des petits enfants, et depuis des siècles ils nous
affament, ils construisent leur richesse sur notre dos ! On connaît les
moteurs de la domination ; le dominant doit justifier sa position ; on
est de grands enfants, on ne sait pas se gérer tout seul, il nous faut
papa pour ça ! tu sais, moi j’aimerais qu’ils nous laissent tranquilles
! Stop à « l’aide » ! Tu parles d’une aide ! (…) Mais tout ça… tu
pourras pas l’écrire dans ton mémoire. Reconcentre toi sur le
dépistage.»
----------
"Et alors, toi tu bosses à l'IRD, hein, la boîte à fric!"
----------
Des fois, j'ai vraiment l'impression que je ne sers à rien.
C'est vrai, je ne sers à rien du tout.
Et vous, vous servez à quoi?
----------
On dit « la nuit tous les chats sont gris », eh ben, un noir sur un vélo sans phare la nuit…
----------
Mille fois sur le métier remets ton ouvrage.
---------
Je me perds sur mon terrain, et je trouve, bien sûr.
---------
Béa, environnementaliste dit
"Stop au milléniarisme".
Rien de nouveau sous le soleil.
Tout est normal.
ça cycle, tranquille.
----------
« Je regarde la nature comme une image, sage,
et je sais que si nos chemins divergent,
ils vont quand même tous à Rome,
où nos corps sont promis en mariage à la mort. »
---------
« Ne dis pas « je, je suis », car demain ne t’appartient pas. »
La vie ne nous est que prêtée.
Rien, et évidemment personne, ne nous appartient.
Méditations sur les beautés de l'impermanence.
---------
Méditations sur la beauté des chiffres, contemplation de la parfaite unité qui règne ici-bas.
--------
Parfois il y a tant dans mon coeur, dans ma tête et sur terre, que j'ai l'impression que je vais imploser.
---------
C'est sûr, le grand amour peut commencer par une grande détestation.
Eh, comme j'ai détesté être ici!
--------
Tout est signe. Tout est Dieu. Dieu est partout.
--------
Jésus est vivant! Ah, ce week end de Pâques, c'était quelque chose!
Jésus, simple mortel, est ressuscité, comme nous ressuscitons, souvent, heureusement.
---------
"Dis à ton fils, dis à ton fils..."
Dieu a une mère, sa mère c'est la terre.
Les hommes qui adoraient la Mère ont créé Dieu.
L'ont fait sortir des entrailles du Monde.
-------
Mother India, eh eh.
L'esprit de la Mère souffle partout.
--------
Joie Sauvage sur MaDam sous la pluie.
--------
[ Général
]
04 Mai, 2009 17:26
Figure du bonheur
Dès que je l’ai vu il m’a plu. Fauteuil sous manguier, la paix s’incarne.
Il a un sillage de cheveux blancs qui comme partage son crâne en deux côtés. Je lui demande ce que c’est, « ah, mais, c’est depuis ma naissance ! »
Et ça veut dire quoi ?
Il rit.
"Bon, ici on dit que c’est signe de bonheur. » Il est doublement doté alors, parce qu’il a ce qu’on appelle chez nous les dents du bonheur. Je lui dis. Il rit.
Yves rit souvent.
Dimanche
de Pâques à la cour de la mère de Willy. C’est une très belle cour,
vaste, arborée, qui abrite une vingtaine de personnes tous de la même
famille. La vie communautaire comme j'aime, suffisamment vaste pour
ménager l'intimité de chacun, pleine d'allées et venues, pleine de gens.
Dolo-bissap (infusion d’hibiscus sucrée bue glacée) ça ressemble à du sang, je plaisante, on boit toute la journée.
Je
fais connaissance de Clovis, 2 ans, des yeux doux qui se perdent dans
les miens, ça fait des flots d’amour qui s’échangent dans l’espace,
nourriture d’âme.
Il court beaucoup, saute, rigole, tombe, pleure, recommence. La vitalité incarnée.
J’apprends bientôt que c’est le fils d’Yves! Le soir on se revoit, je le félicite. Quel bel enfant !
Ah, son fils!
Il m’explique comme cet enfant est turbulent, comme il est demandeur, comme c’est fatigant…
«
mais, bon, c’est un enfant ! Il faut bien le suivre, non ? Si on le
gronde, il va pas comprendre, il va trouver ça méchant, lui il est
simple, il veut juste faire ce qui lui plaît… »
Alors parfois
Yves se relève dans la nuit pour que Clovis puisse jouer dehors parce
qu’il n’a pas sommeil. Il le regarde, ramasser les boîtes de conserve
qui traînent dans la cour, les remplir de sable ; il écoute les
histoires qu’il formule au clair de la lune, et il fait semblant de les
croire.
« Voilà, un enfant c’est beaucoup de temps… Il faut parler, il faut beaucoup négocier ! On apprend à se connaître… »
Je pense « comme pour un amour », je n’ai pas besoin de formuler mon idée ; il enchaîne :
«
Eh, avec une femme c’est pareil ! Il faut prendre beaucoup de temps
pour échanger les idées. Surtout au début, parce que ça prend du temps,
de se connaître bien, de se comprendre. Mais voilà, maintenant, on est
bien ! »
ça ils ont l’air bien, pas de doute.
L’amour ça prend du temps.
Beaucoup, beaucoup de temps.
[ Contes, histoires et mots
]
30 Avril, 2009 18:55
Voir
"Voyager! Perdre le pays!
Devenir un autre constamment, Pour
l'âme pas de fondement Sinon voir,
voir sans merci."
Fernando PESSOA
"La tâche que je m'efforce d'accomplir consiste, par le seul
pouvoir des mots écrits, à vous faire entendre, à vous faire sentir,
et avant tout à vous faire voir. Cela et rien d'autre, mais c'est immense."
Joseph CONRAD
"Je vois, je sens, donc je remarque, je regarde et je pense."
Roland BARTHES
[ Contes, histoires et mots
]
30 Avril, 2009 17:27
Poko et Raogo
Ce week end, pour la troisième fois depuis que je suis ici, on m'a appelée Poko.
Poko
et Raogo sont deux personnages mythiques, ce sont des jumeaux. Ils sont
les héros de nombreuses histoires que, malheureusement, tout le monde
semble avoir oubliées, histoires et contes de la sagesse au quotidien
que les universitaires français finissent par mieux connaître que les
jeunes burkinabè.
Poko et Raogo sont les premiers hommes, ils
sont les fondateurs du Monde. Poko signifie "entrailles" et Raogo
"épée", par extension, Poko désigne la Femme, Raogo l'Homme, et face à
ça je ne peux pas m'empêcher de penser "tout est à sa place."
"Mais, est ce que ça n'est pas un peu comme Adam et Eve?"
"Ah, non, puisque Poko et Raogo sont frère et soeur."
"Oui, mais elle a raison quand même; Adam a créé Ève, ça parle de la même chose!"
"ça parle de quoi?"
"ça parle de l'alliance première des deux forces contraires, renouvellée dans les âges."
L'unité
constituée par les jumeaux, réminiscence de cet âge d'or, avant que les
Dieux ne se mettent en colère, quand hommes et femmes vivaient en paix.
Ici les jumeaux sont craints et considérés comme dôtés d'un surplus
d'âme, habités par une parcelle de Dieu.
Après l'esclandre de ce matin, je dirais pas ça de moi, eh eh, mais, en tous cas, j'aime bien quand on m'appelle Poko.
[ Contes, histoires et mots
]
30 Avril, 2009 17:25
À la légère
Faut pas parler à la légère, ça fait des dégâts.
L'amour des mots, des mots d'amour,
Est un jeu dangereux.
Les
je t'aime à la légère, parce que tu aimes le soleil et la lune, et que,
forcément, dans tout ça, lui aussi tu l'aimes, peuvent sonner dans son
ciel comme un coup de tonnerre un soir d'été.
Qu'est ce que ça veut dire, je t'aime?
Je vous aime.
Penser à vous me réchauffe le coeur et me donne plaisir.
Je
pense à elle qui s'occupe de son homme en quiétude, à elle qui doit
penser au repas de Pâques, elle qui sort de son exam de maths, lui qui
fait quoi? je ne sais pas, mais je l'aime de faire ce qu'il fait, et
toi et toi et toi...
Si vous faites mine de m'avoir oubliée je suis toute chagrine.
"Airy love", ah, ça ne lui a pas plu du tout.
Je vous aime dans l'air.
Je t'aime, c'est pas des mots en l'air.
Aimer quelqu'un, c'est aussi s'engager vis à vis de lui. S'en occuper, vouloir son bien, en prendre soin.
C'est une grande responsabilité, d'être aimé, d'aimer.
Non?
[ Contes, histoires et mots
]
29 Avril, 2009 17:24
À propos des propos du Pape sur la capote en Afrique
Une conversation skype avec Laura, soeur adorée, me fait penser qu'il serait à propos de parler ici des propos du pape.
Donc le pape a dit que la capote desservait les africains et contribuait à propager l'épidémie à VIH.
C'est
SCANDALEUX. Apparemment en France on en parle encore, ici pas du tout,
ici ça a été assez vite réglé d'un "rien de nouveau sous le soleil."
Eh,
l'Église a toujours dit que, pour lutter contre le VIH, il faut lutter
contre le vagabondage sexuel! Abstinence avant le mariage, fidélité
dans le mariage, et tu es complètement à l'abri de n'importe quelle
maladie sexuellement transmissible, d'autant plus qu'aujourd'hui les
responsables religieux encouragent les fidèles à faire leur test VIH
avant de se marier, et assurent beaucoup au niveau du soutien
psychologique et matériel aux personnes vivant avec le VIH.
Alors,
penser que c'est faire preuve de naïveté, d'accord, mais c'est le
discours officiel de l'Église; le pape tient juste son rôle.
Que
ce pape est particulièrement inhumain, après cette histoire de mère
excommuniée au Brésil pour avoir fait avorter sa fillette de 9 ans
enceinte de jumeaux à la suite d'un viol, là... Mais l'Église a l'air
d'être en train d'exploser.
Par ailleurs, il semble utile de dire
qu'ici, on estime le taux de fiabilité des capotes à seulement 80%,
pour plusieurs raisons:
- la qualité de base, déjà. Eh, ils sont
pas complètement paranos quand ils pensent qu'ici tout est plus
merdique qu'en Occident.
- les conditions de stockage. il est bien
marqué sur les emballages "conserver à l'abri de la chaleur"... Bon, il
fait 40° à l'ombre.
- Les mésusages: pour vraiment bien se protéger, on en met deux l'une sur l'autre; à tous les cas ça craque.
Ces trois paramètres déjà, expliquent beaucoup "d'accidents de capote".
Ensuite:
-
le sperme est un fluide vital, ici on rigole pas avec les fluides
vitaux, la force des archétypes, des symboles, est flagrante. Ca pose
encore problème, malgré des années de matraquage pro capote, d'éjaculer
dans un bout de caoutchouc. Que faire de la capote usagée? Encore
beaucoup de gens l'enterrent. Pourquoi? Parce que, tomber sur une fiole
de sperme, c'est aubaine pour celui qui veut te jeter mauvais sort.
C'est l'équivalent du sang, la force de vie, sur laquelle on peut
pratiquer des sorts violents. Alors, dans ces conditions... Est ce que
ça se fait encore? Sûrement
- Y en a qui coupent le bout (de la capote); la capote est mise, mais le sperme va là où il est censé aller: au fond!
Alors,
dans ces conditions, le "marketing social en faveur des capotes" comme
on appelle ça, parce qu'il est aussi question de gros sous, peut
sembler problématique.
Est ce que les discours libertaires, sous
prétexte qu'il y a la capote, n'encouragent pas, finalement, une
dévalorisation de la valeur de la sexualité, valorisant une sexualité
"précoce et sans discernenement"?
Et, dans les conditions
exposées ci-dessus, est ce que ça ne peut pas contribuer à la
propagation du VIH? Est ce que les gens baisaient moins à droite- à
gauche il y à 20, 30 ans? Impossible de le savoir. Tout le monde à
l'impression, quand même, que, oui, on baisait moins en dehors du
couple, avant, et qu'on faisait moins de couples éphémères.
Les
religieux estiment qu'une éducation sexuelle et familiale prônant les
valeurs de respect et d'amour au sein du couple sont, d'une part,
beaucoup moins onéreuses, et d'autre part, plus intéressantes, plus
probantes, sur le long terme.
Mais ça, comme dirait Alice, "on en reparlera".
[ Contes, histoires et mots
]
23 Avril, 2009 17:23
De l'eau, ou comment vit le conte
Hier
après avoir calmé ma fatigue, je suis ressortie dans la nuit, direction
Goughin. J'ai croisé une "fille", seule âme qui vive sur tout le
chemin. Elle était belle, elle m'a montré comment cacher mon sac sous
ma jupe. "Prends soin de toi ma chérie."
Chez G. les murs sont recouverts de fresques.
« Si on ne vit pas comme des rois
On vit comme des soldats. »
Il y a assez de trucs bizarres pour que je me sente à l’aise parmi elles.
Réunion de comédiens, circassiens, musiciens qui bientôt ont «demandé la route ».
On est resté, petit comité.
- les rivières.
- Les fleuves !
- Les mers ! et l’océan !!
- Et, à la montagne, les pierres qui coulent…
- Et l’herbe !
- Ah oui, en France il y a beaucoup d’eau.
On s’arrête de parler, tout pensifs.
De l’eau de l’eau de l’eau.
Dolo.
On
écoute une chanson qui parle d’un homme qui boit son dolo dans une
calebasse, sous un arbre sur la terre sous le ciel, en compagnie des
abeilles, et qui ne se sent jamais seul.
Je réalise que la
jeunesse alternative tourne le dos aux religions officielles et
réinvente la tradition animiste, ça me ravit absolument.
La
chanson se termine, l’homme conclu « Je ne bois jamais mon dolo en
solo. » Ca parle de l’unité constituée par le dolo dans la calebasse,
eux-mêmes insérés dans un univers parfait.
Clic clic clic, j’entends presque les rouages de mon cerveau.
La calebasse, ça y est, vous connaissez.
Le
dolo, je l’ai appris tout récemment, peut faire référence au sperme.
D’ailleurs, ça serait à vérifier, mais je ne serais pas du tout étonnée
si on me disait que le dolo est considéré comme constituant, ou
contribuant à la fabrication du sperme dans le corps.
Eh, tous ces cours sur la symbolique du corps ne sont pas que des abstractions.
Je revois tous ces hommes dans les cases à dolo.
Le
dolo, bière de mil, est en premier lieu une boisson réputée protéger du
palu et de la méningite, elle est souvent très peu alcoolisée. Boisson
traditionnelle, elle est préparée par les femmes le dimanche.
Je revois la calebasse, plongée dans le bidon de dolo, le liquide rouge ambré, les litres et les litres ingurgités.
(On boit à la coupe le sang du Christ…) (est ce que le Graal n'est pas une coupe?.... Je m'égare...)
Calebasse vide, calebasse pleine.
Ces bouches, ces bouches qui avalent et qui parlent.
Intérieur/ Extérieur.
Donné/ Donnant.
J’en avais eu l’intuition dans la journée, elle se confirmait dans la nuit.
« La Mère Dévorante » n’est qu’une autre illustration du grand thème des contes : le cycle Vie/Mort/Vie.
On est tous dévorants et dévorés. On se dévore soi-même, on dévore les autres, on est dévoré par eux.
On ne tue pas la Dévorante. On l’apprivoise, on la canalise.
Les sociétés ont pour fonction première de juguler l’entre-dévoration.
Je
crois que ça a à voir avec le « tabou de l’inceste ». Certains
anthropologues pensent que les sociétés sont devenues humaines à partir
du moment où elles ont prohibé l’inceste.
Les premiers humains vivaient en clans fermés, en familles, en hordes.
La
peur de l’Autre, de l’étranger, de l’inconnu, du différent, est une des
peurs les plus profondes, les plus anciennes, les plus archaïques.
C’est un effort incroyable que de s’extraire du connu pour embrasser l’Autre ; de quitter sa sœur pour une étrangère.
C’était
le prix à payer pour notre survie d’espèce. Si les humains étaient
restés strictement endogames, l’espèce aurait disparu.
La vie s’enrichit du différent ; la génétique le confirme.
S’extraire
du connu est une violence. La violence originelle ? la souffrance
existentielle ? Là d’où viennent nos mythes et nos symboles ?
On n’en sait rien. On hypothèse.
N’empêche, à 4h du matin dans la ville endormie, tout me semble clair.
[ Contes, histoires et mots
]
08 Avril, 2009 17:22
Morphologie des contes, une tentative
Les
contes utilisent des motifs récurrents qu’on peut considérer comme des
archétypes. Parmi ceux là, celui de la Mère- la bonne et la mauvaise,
correspondant souvent à la Vie et à la Mort, est très fréquent.
On
retrouve celui de la force masculine, qui peut être utilisée de
différentes manières. Le masculin est « le bras armé », la force, le
pouvoir.
Le Diable est la force masculine néfaste.
L’enfant, en
général le fils, représente la force de création ; l’œuvre, quelle
qu’elle soit. Le fils, je pense parce qu’il représente symboliquement
la création suprême; un être qui ait sa vie propre, à la fois sortit de
soi, et différent de soi.
La Vieille/le Vieux est celui qui sait. Il est souvent une figure ambivalente ; il peut faire mésusage de son savoir.
Intérieur/extérieur,
sous terre, sur terre ; les contes nous font naviguer entre monde du
dessus et du dessous, émotion et raison, vie « réelle » et vie de l’âme.
Les
contes, même s’ils sont pleins de personnages, parlent toujours d’un
seul paysage psychique. Les caractères masculin et féminin des
personnages sont archétypaux, ils renvoient à certaines modélisations ;
on peut penser au signe du yin-yang par exemple, ou à ce qu’on appelle
les « énergies » masculines et féminines. Chacun est porteur de ces
énergies dans différentes mesures.
"La Mère Dévorante" est un conte classique qu’on rencontre dans toute l’Afrique de l’Ouest, avec plusieurs variantes.
J’en
ai écris ici ma propre version, à partir des bribes que j’en connais,
et selon ma propre sensibilité ; je garde cependant, je crois, la «
substantifique moelle » de l’histoire.
C’est la beauté des
contes, de faire partie d’un héritage universel dans lequel chacun est
libre de puiser. C’est la puissance des contes, de pouvoir être
racontés partout et par tout temps, et d’être toujours compris.
Ils peuvent être compris de plusieurs façons, là encore c'est leur force.
Denise
Paulme, ethnologue africaniste qui a étudié ce conte, le voit comme une
manifestation de la misogynie africaine, puisque le bélier vient
éventrer la Mère Dévorante et donc l’homme gagne sur la femme.
Ca me semble une interprétation très pauvre d’un conte pourtant très riche.
Les
sociétés africaines, en quelque sorte, « assument » leur peur des
femmes ; la polygamie et l’excision sont clairement des pratiques de
coercition qui expriment cette défiance envers les femmes, êtres
mystérieux et capricieux dont pourtant, on ne peut se passer, puisque
par elles passent les fils.
Ce sont des pratiques traditionnelles qui ne sont pas sages ; les contes le sont.
Les contes utilisent un langage métaphorique, voire ésotérique, concernant ce conte ci il peut être utile de savoir que :
-
la calebasse est une courge cultivée ici seulement en vue d’utiliser
son écorce. Mise à gonfler dans l’eau pour en obtenir de toutes les
tailles, elle est ensuite mise à sécher, coupée et vidée. Elle sert
ainsi de contenant : de la petite cuillère aux grandes calebasses des
greniers à grain. C’est un ustensile de cuisine, domaine des femmes.
-
La calebasse symbolise les femmes : d’abord pleine et fermée, elle est
ouverte et vidée… eh oui, c’est trash, c’est comme ça. L’expression
commune « avoir cassé sa calebasse » renvoie à la perte de virginité et
à l’arrivée prochaine d’enfants. C’est donc un symbole des femmes, mais
surtout, selon moi, des femmes domestiquées, « élevées dans un but
précis ».
L’archétype de la Mère Nourricière est très
important. La capacité des femmes à nourrir d’elles-mêmes est un motif
primordial de la psyché humaine, au point qu’on puisse considérer
parfois les femmes comme des sources intarissables.
Ici la
calebasse est nourricière, mais elle n’est pas nourrie. Je crois que la
Nourricière devient Dévorante quand elle n’est pas nourrie.
Il
appartient à la nourricière de chercher à se nourrir si personne ne le
fait. La femme qui ne se résout pas à la perte de son fils ne se résout
pas à la perte de son âme, elle ne se résout pas à devenir ogresse ;
c’est la raison pour laquelle elle part, bien confiante en l’aide
qu’elle trouvera.
Le bélier enfermé dans les entrailles du monde
est, assez clairement, enfermé dans une matrice, dont seule une femme
voulant sauver son fils pouvait le délivrer.
Et seul le bélier pouvait venir à bout de la Dévorante.
C’est
une interprétation… J’espère que ça vous a plu, moi en tous cas, j’ai
pris grand plaisir à écrire ces deux derniers posts. Comme tous les
autres, en fait !
Que les mots voyagent ! Bon vent !
**
[ Contes, histoires et mots
]
01 Avril, 2009 17:21
Important
Ca fait longtemps que j'y réfléchis, et ça y est, ma décision est prise.
Elle est prise alors que je suis en pleine possession de mes moyens, et elle m'emplit de joie.
L'amour que je cherche n'est pas de ce monde. Moi même, je me sens souvent en dehors du monde.
Je quitte le Monde.
Je me sens déjà toute auréolée de la lumière du Christ.
Je vais pouvoir laisser libre cours aux flots d'amour qui coulent dans mes veines, pour le servir à jamais.
De son amour parfait et infini, je ne douterai jamais.
Libérée
des contingences de ce monde, je pourrai créer, j'oublierai l'Angoisse
existentielle, et je prierai pour le Salut de vos âmes (qui en ont bien
besoin, soit dit en passant).
Le voeu d'obéissance sera le plus
difficile à observer, comme on me l'a déjà fait remarquer, fort
judicieusement d'ailleurs, mais j'ai bon espoir de passer rapidement
abbesse.
Quant aux voeux d'abstinence et de pauvreté....
C'est pas vrai. J'ai rencontré un Homme tout ce qu'il y a de plus profane, pour tout dire, un vrai démon.
Et
ensemble on danse des danses...... oh la la si vous
saviez.............. Je ne peux pas écrire ça vraiment, ça dépasse le
dicible.
Avec
Boris on fait un concours de poisson d'avril, désolée, je vous ai fais
perdre votre temps (c'est à dire, encore plus que d'habitude).
La mère dévorante
À celle qui m'a mise au Monde
À celui qui m'a laissée le courir...
« Dans un champ de calebasses poussaient des calebasses, et tout allait bien dans le plus paisible des mondes.
Parmi
toute ces calebasses, il y en avait une qui faisait la fierté de celui
qui s'en occupait, parce qu'elle poussait, poussait... On n'en avait
jamais vu une si grosse.
Voilà pourtant qu’un jour, ayant
si bien poussé; elle avait finit par atteindre une grosseur proverbiale
et une force colossale; tant et si bien qu'elle se détacha de sa tige.
D'elle-même!
- Aaaahhh !
Le cultivateur
n’avait jamais vu pareil prodige ni eu pareille terreur, ni d’ailleurs
son père avant lui, ni personne de mémoire d’homme.
Il
n’eut pas le temps de sortir du champ pour prévenir qui que ce soit,
car l’énorme calebasse s’était mise à rouler sur elle-même, et au
passage, l’avait avalé.
Elle quitta le champ, roulant
toujours sur elle même, et dévala la colline du haut de laquelle se
trouvait le champ qu’elle n’aurait jamais dû quitter- du moins, pas
toute seule.
Sur son passage, elle avala les femmes, les
hommes et les enfants qui pour leur malheur se trouvaient là, elle
engloutit les arbres et les rochers, semant la désolation tout à
l’entour. Partout dans le pays, on n’entendait plus que plaintes et
gémissements.
Une femme pourtant, qui avait ainsi vu son fils
se faire engloutir, ne se résigna pas à sa perte. Prenant son courage à
deux mains, elle partit à travers le pays, certaine qu’elle trouverait
quelque part de l’aide.
Ah, qu’il est grand le pays ! Qu’il est
aride et sec ! Pourtant, tout au bout d’une plaine, elle vit assise au
pied d’un arbre une vieille, et c’est à bout de force qu’elle arriva à
elle.
- Vieille sage, ma mère ! La calebasse monstrueuse sème la panique sur le pays. Elle a avalé mon fils ! Aide moi !
La vieille bien sûr savait déjà tout ça. Elle lui dit :
-
Continue ta route, ma fille. Après les collines et les plaines, après
avoir traversé les rivières, tu arriveras finalement près d’un rocher
que tu enduiras de ce beurre de karité, en lui demandant, doucement, de
bien vouloir te laisser passer. Tu trouveras la voie, va.
Elle lui donna un petit pot de beurre (de karité), un peu d’eau et un peu de riz, la bénit, et la fille s’en alla.
La
route fut longue encore, cela faisait bien longtemps qu’elle avait usé
les semelles de ses sandales, quand elle arriva devant un rocher, dont
la forme lui parla.
Elle s’arrêta devant lui, l’enduit de beurre et demanda son chemin au creux de ce qui ressemblait à une oreille.
Et alors, sous ses pas, la terre s’ouvrit.
Ah,
quelle frayeur !!!! La vieille ne l’avait pas prévenue. Là-dessous
c’était sombre et humide, mais la voie, il est vrai, se dessinait
clairement. Elle la suivit.
Elle descendit longtemps,
longtemps, s’enfonçant toujours plus profond dans les entrailles du
Monde. Elle se demandait si elle reverrait jamais la lumière du soleil,
puis se souvenait de la Vieille, et de son fils, et chaque fois son pas
devenait plus ferme.
Enfin, elle arriva à ce qui semblait être le centre de la terre et trouva là un bélier, profondément endormi.
Elle le caressa entre ses deux cornes ; il s’éveilla.
Elle lui raconta toute son histoire ; le bélier écouta, puis lui raconta la sienne.
Enfermé là depuis des lustres, il attendait sa venue depuis la nuit des temps.
Ensemble
donc, ils reprirent le chemin. Le bélier était tellement heureux de
ressortir à la surface ! Sautillant et causant, le voyage fut gai.
Tellement
gai que la jeune femme fut pétrifiée d’horreur quand elle reconnut au
loin le pays qu’elle avait quitté. Après toutes ces aventures, elle
avait presque oublié ce qui l’avait poussée à partir.
Tous
les environs n’étaient plus qu’une morne plaine semée ça et là d’arbres
squelettiques. Il n’y avait pas un souffle de vent, et plus âme qui
vive.
Sauf eux ! La calebasse dévorante eu tôt fait de les
repérer. Vraam, Vraaam, elle approchait, roulant sur elle-même, obèse
et monstrueuse.
Le bélier prit son élan et se projeta,
dans un bond d’une force prodigieuse, contre le bois de la calebasse,
qu’il éventra de son haut à son bas.
Pfuit, elle chut comme un fruit trop mûr tombe de l’arbre, coupée en deux.
Déjà,
on voyait des mains agripper ses rebords. Les hommes et les femmes et
les enfants que la calebasse avait engloutis ressortaient par grappe de
son ventre gonflé, clignant des yeux sous la force du soleil et de leur
étonnement.
Et parmi tous ceux là, son fils était là, qui eut
tôt fait de grimper sur le dos du bélier, atteignant ainsi le sein de
sa mère. Bien content il était, et bien fier.
Et ce qui se passa ensuite, c’est une autre histoire, que je vous raconterais peut être un jour.
Pour
l’instant, je remets celle-là là où je l’ai trouvée, je remercie ceux
qui m’ont écoutée, et m’en vais vous souhaitant une bonne soirée. »
Le Prophète, Khalil Gibran extraits
Et une femme qui tenait un bébé contre son sein dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.
Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes.
Car leurs âmes résident dans la maison de demain
que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne cherchez pas à les faire à votre image.
Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier.
Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés,
tels des flèches vivantes.
L'Archer vise la cible sur le chemin de l'Infini,
et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin.
Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie.
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole,
Il aime également l'arc qui est stable.
Encore!!!!
Alors Almitra dit, Parle-nous de l'Amour.
Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé,
et le calme s'étendit sur eux.
Et d'une voix forte il dit :
Quand l'amour vous fait signe, suivez le.
Bien que ses voies soient dures et rudes.
Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.
Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.
Et quand il vous parle, croyez en lui.
Bien que sa voix puisse briser vos rêves
comme le vent du nord dévaste vos jardins.
Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.
De même qu'il vous fait croître, il vous élague.
De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,
Ainsi il descendra jusqu'à vos racines
et secouera leur emprise à la terre.
Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.
Il vous bat pour vous mettre à nu.
Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.
Il vous broie jusqu'à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.
Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.
Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez
connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir
une parcelle du cœur de la Vie.
Mais si, dans votre appréhension,
vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité
et quitter le champ où l'amour vous moissonne,
Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.
L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, "Dieu est dans mon cœur", mais plutôt, "Je suis dans le cœur de Dieu".
Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.
L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.
Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi :
Fondre et couler
comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.
Connaître la douleur de trop de tendresse.
Etre blessé par votre propre compréhension de l'amour ;
Et en saigner volontiers et dans la joie.
Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler
et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour ;
Se reposer au milieu du jour et méditer sur l'extase de l'amour ;
Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;
Et alors s'endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.
Fuck off l'existentialisme
Pendant nos études d’anthropologie, on nous répète que l’on
doit faire ce qui nous passionne.
Remarquez déjà la contradiction dans les termes devoir/passion.
En parallèle, on nous répète que les anthropologues pointent à l’ANPE.
Ça nous plonge dans des affres de perplexité.
Je voulais partir en Finlande, rencontrer les ermites
modernes. Je voulais parler de nous, de notre société, de notre individualisme,
de notre consumérisme, de notre désarroi. J’avais faim de ma lande fine ;
mes grands espaces, mes eaux profondes, mes silences infinis, et ces ciels, si
vastes.
À la fac, ma passion n'intéressait pas grand monde... Dans les
couloirs les profs me « draguaient » pour que je donne ma force de
travail à l’IRD. Flattée j’étais, mais toujours je refusais. Ah non ! je
ne me vendrais pas, jamais ! Et je n’aime pas cette femme, là, Alice, si
froide, si sèche, si sévère, si apparemment seule. Je ne veux pas risquer de
lui ressembler un jour.
Il a été question aussi que je parte en Inde, pour une étude
sur le tourisme médical. Ça m’aurait permis de parler de nos conceptions si
particulières de la vie, de la mort et de la maladie.
Partir en Inde,
supposément, c’était explorer la mystique, ça me faisait un peu peur, surtout
ça faisait peur à mon amoureux de l’époque, et j’avais envie de lui plaire.
Partir à l’IRD, c’était partir pour quelque chose de structuré, c’était rationnel.
Donc finalement, après des heures de débat, après m’être
tant débattu, je suis là, par 40° à l’ombre, bien loin des orages, des brumes
et du vent dans les arbres qui nourrissent mes rêves, bien loin de Geetha- mais
la RTB diffuse
beaucoup de Bollywood.
Et en fait, je trouve ici tout ce dont j’avais besoin.
Ici ou ailleurs, ça ne change rien, ce qui devait advenir advient.
J’affirme ma mystique.
En cette terre animiste, je suis à mon aise. Il y a assez
d’étoiles dans le ciel pour que mon âme puisse s’épancher. Ici aussi le vent
fait parler les arbres. De nouveau mes lunettes me font mal à la tête, parce
que j’ai suffisamment d’horizon pour m’en passer souvent. Ma vision de nuit
s’aiguise, je marche dans les 6
mètres à la seule lumière de la Lune, je ne trébuche pas.
Je confirme l’existence de l’âme, de la magie, et du féminin
sacré.
Les symboles des religions officielles, et surtout du
catholicisme prennent une nouvelle signification, plus simple et plus profonde
à la fois. Je crois qu’ils nous préparent juste à la vie ici-bas. « L’Alliance,
nouvelle et éternelle » parle du couple, tout comme le Je vous salue
Marie, ou le Notre Père. Loin de chez moi et des chaises musicales amoureuses
qu’on y joue, je développe mon Être, j’affirme ce en quoi je crois.
Et je l’écris. Et je le publie !
Je rencontre des gens de tous horizons, je confirme mon statut d’étrangère
partout chez elle, hyper sociable et profondément solitaire.
J’ai un travail, je m’y investis et il me le rend bien. « Seul le travail paie » dit
Éva. Je développe mon pragmatisme, aussi. Je me retrouve imbriquée dans un
vaste programme de recherche qui me donnera peut être du travail pendant un bon
moment. L’IRD, pour moi, au début, c’était l’enfer, j’y suis venue à reculons.
Y en a pour qui c’est le paradis, y en a qui donneraient une main pour être à
ma place. La vie est injuste !
Je ne voulais surtout pas travailler sur le VIH. Finalement,
j’ai compris beaucoup de choses de mon rapport à cette maladie, et elle n’est
plus, pour moi, qu’une maladie parmi d’autres. Un révélateur du social, un coup
dur (très dur, quand même) que les gens appréhendent de telle ou telle façon,
que j’étudie.
J’ai appris qu’Alice est mariée depuis une éternité à un
cinéaste fou, qu’ils vivent ensemble à Dakar, qu’ils donnent chez eux de
grandes fêtes où on rit beaucoup. Elle écrit des articles d’une rare intensité,
elle aime et elle aide beaucoup de gens. Elle croit en moi, elle m’apprend mon
métier.
Un jour, peut être, je lui ressemblerais.
L’existentialisme, c’est croire que l’on est seul maître de sa vie, qu’on la contrôle
complètement, qu’on en fait ce qu’on veut. C’est matérialiste et
individualiste. Ça fait des ravages. C’est une philosophie qui a été établie
par un bourgeois intellectuel parisien dont la vie était déjà tracée, de toute
façon, et qui n’est absolument pas représentatif des gens que nous sommes.
Je ne décide pas de qui je suis ; je suis.
JE VIS.
Je n’ai pas de plan, je n’ai pas de stratégie. Je découvre à
mesure que j’avance ce que la vie me réserve.
Pour l’instant, je ne suis pas déçue.
J’ai confiance en la vie, j’ai confiance en ma force vitale.
Le prochain qui me demande ce que je compte faire de ma vie sera retrouvé cloué à la porte de
chez lui.